L'engouement pour les médecines douces et les remèdes naturels ne cesse de croître en France. Dans ce contexte, l'herboristerie, cet art millénaire de prendre soin de sa santé par les plantes, connaît un véritable renouveau. De plus en plus de personnes, passionnées par la nature et désireuses de renouer avec des pratiques ancestrales, se tournent vers cette discipline fascinante qui allie savoir botanique, transformation artisanale et transmission de connaissances traditionnelles.
L'herboristerie : un art millénaire au service du bien-être naturel
Les fondements ancestraux de la médecine par les plantes
L'utilisation des plantes médicinales remonte bien avant l'apparition de l'Homo sapiens. Dès la préhistoire, nos ancêtres avaient compris que certains végétaux possédaient des vertus curatives capables de soulager les maux du quotidien. Cette connaissance s'est transmise de génération en génération, enrichie par l'observation et l'expérience. Durant l'Antiquité, la médecine par les plantes se mêlait souvent à des pratiques magiques et spirituelles. Les rhizotomoi, ces collecteurs de racines de l'époque, incarnaient déjà une forme primitive d'herboristerie.
Au fil des siècles, du Haut Moyen-Âge au treizième siècle, les praticiens de la médecine populaire continuaient d'utiliser les plantes sauvages et cultivées pour soigner. L'herbier, figure centrale du treizième au quinzième siècle, se positionnait comme l'apothicaire des pauvres, rendant accessible le soin par les plantes aux populations les moins fortunées. Cette période marquait déjà une organisation progressive de la profession. Du quinzième au dix-huitième siècle, l'herboristerie traversa des temps tumultueux, jusqu'à atteindre le chaos révolutionnaire. Le dix-neuvième siècle vit émerger l'herboristerie des certifiés, avec une reconnaissance officielle du métier, tandis que le vingtième siècle fut celui des syndicats professionnels.
Un tournant majeur survint en 1941 lorsque le gouvernement de Vichy supprima le certificat d'herboriste. Cette décision provoqua un vide législatif qui perdure encore aujourd'hui. Depuis 1970, l'herboristerie doit composer avec ce cadre légal incertain, ce qui n'a pas empêché la profession de se réinventer et de continuer à transmettre ce précieux héritage commun qu'est la médecine du peuple par les plantes.
Les propriétés thérapeutiques des plantes médicinales et leurs principes actifs
Les plantes médicinales recèlent une richesse incroyable de principes actifs naturels capables d'améliorer la santé et le bien-être. Ces composés, présents dans les feuilles, les fleurs, les racines ou les graines, constituent la base de l'action thérapeutique des végétaux. L'herboriste, fort de ses compétences botaniques et phytothérapiques, maîtrise l'art d'identifier ces principes actifs et de les utiliser à bon escient. Chaque plante possède ses spécificités : certaines agissent sur le système digestif, d'autres soutiennent l'immunité, apaisent le système nerveux ou favorisent la circulation sanguine.
Le savoir ancestral de l'herboristerie repose sur une connaissance approfondie de la materia medica, cet inventaire détaillé des plantes et de leurs propriétés. Cette transmission de savoirs se perpétue aujourd'hui à travers diverses formations, permettant aux futurs herboristes de comprendre comment préparer tisanes, teintures-mères, hydrolats ou encore huiles essentielles. Les herboristes modernes s'appuient également sur les avancées scientifiques qui confirment souvent les usages traditionnels tout en permettant d'affiner les dosages et les indications.
La diversité des produits issus de l'herboristerie est impressionnante. Les tisanes restent le produit phare, accessibles et simples d'utilisation. Les compléments alimentaires à base de plantes occupent une place importante dans l'offre des herboristes contemporains. L'aromathérapie, avec ses huiles essentielles et végétales, la gemmothérapie qui utilise les bourgeons, les produits de la ruche ou encore les cosmétiques naturels élargissent le champ d'action de l'herboristerie. Cette pluralité de préparations permet de répondre aux besoins variés d'une clientèle en quête de solutions naturelles pour prendre soin de sa santé.
Le parcours et les compétences pour devenir herboriste en France
Les formations disponibles et le rôle de la Fédération française d'herboristerie
Devenir herboriste en France nécessite un parcours d'apprentissage solide, bien que ce métier ne soit pas officiellement reconnu par un diplôme d'État. Plusieurs écoles proposent des formations complètes en herboristerie, avec des programmes s'étalant généralement sur trois ans. Parmi les établissements reconnus, l'Institut Français d'Herboristerie Lyonnaise ainsi qu'IMDERPLAM figurent parmi les plus réputés. Cette dernière école, située au Mas des Bonnes Ouest à Candillargues, est co-fondatrice de la Fédération Française des Écoles d'Herboristerie, créée le 17 mai 2014.
La FFEH joue un rôle crucial dans l'encadrement et la reconnaissance des formations en herboristerie. Elle œuvre pour harmoniser les programmes pédagogiques et garantir un niveau de compétences homogène parmi les praticiens. FloraMedicina, autre acteur majeur du secteur, propose différents diplômes allant de l'herboriste communautaire à l'herboriste conseiller, en passant par le naturopathe herboriste-thérapeute. Ces formations incluent généralement l'étude de la botanique, de la phytothérapie, de l'aromathérapie, des techniques de cueillette éthique et de transformation des plantes, ainsi que des notions de conseil et de vente.
Au-delà des écoles spécialisées, certaines organisations proposent des ressources gratuites pour s'initier à l'herboristerie. Des leçons en ligne, des blogues spécialisés, des infolettres et même des ouvrages comme les materia medica permettent aux passionnés de commencer leur apprentissage. La transmission des savoirs ancestraux constitue le cœur de la démarche pédagogique, encourageant chacun à se connecter avec les plantes, à comprendre les écosystèmes et à s'engager pour la pérennité de la biodiversité végétale.

Le cadre légal actuel et les perspectives d'évolution de la profession
Le cadre juridique de l'herboristerie en France reste complexe et constitue un enjeu majeur pour la profession. Depuis la suppression du certificat d'herboriste en 1941, le métier évolue dans un flou législatif qui limite son développement. Le code de la santé publique encadre strictement l'usage des plantes inscrites à la pharmacopée française, réservant certaines prérogatives aux pharmaciens. Cette situation freine la reconnaissance officielle des herboristes et restreint la liste des plantes qu'ils peuvent légalement commercialiser.
Face à cette situation, la Fédération française d'herboristerie et d'autres organisations professionnelles militent activement pour une évolution du cadre légal. Une proposition de loi vise justement à redéfinir les contours de la profession et à autoriser la vente d'un plus large éventail de plantes médicinales. Cette initiative pourrait permettre aux herboristes d'exercer leur métier en toute légalité, avec un statut clair et des responsabilités définies. Le droit d'exercer cette profession ancestrale sans ambiguïté juridique représente une revendication légitime portée par l'ensemble de la communauté herboristique.
Un progrès significatif a été réalisé avec l'enregistrement du titre de paysan herboriste au Répertoire National des Certifications Professionnelles. La Fédération des Paysans Herboristes détient l'exclusivité de ce titre, qui peut être obtenu soit par une formation agréée, soit par la validation des acquis de l'expérience. Cette reconnaissance officielle constitue une première étape importante vers une meilleure structuration de la profession. La suppression de certaines restrictions sur la culture et la transformation des plantes pourrait également ouvrir de nouvelles perspectives pour les différents métiers de l'herboristerie, qu'il s'agisse des herboristes de comptoir, des praticiens en cabinet ou des paysans cultivateurs.
La pratique quotidienne et les débouchés du métier d'herboriste
De la culture des plantes à la vente de tisanes et compléments alimentaires
Le quotidien d'un herboriste varie considérablement selon son orientation professionnelle. Les paysans herboristes incarnent l'approche la plus complète du métier. Ils cultivent et cueillent eux-mêmes les plantes médicinales qu'ils utilisent, dans le respect de l'agroécologie et de l'agriculture paysanne traditionnelle. Ces producteurs privilégient la cueillette sauvage lorsque c'est possible, évitent la mécanisation et travaillent à échelle artisanale. Marion Desray, de La Plante Libérée, illustre parfaitement ce profil : ancienne ingénieure-chimiste, elle cultive et cueille aujourd'hui des plantes médicinales sur six hectares et demi, tout en proposant des ateliers et des collaborations avec des acteurs locaux.
Thomas Gieux, installé à Trégunc en Bretagne avec son projet Herbs Folles, représente un autre exemple inspirant. Ancien citadin reconverti, il commercialise ses tisanes et hydrolats sur les marchés biologiques locaux. Ces paysans herboristes garantissent l'authenticité, la qualité et la traçabilité de leurs produits, souvent certifiés par les mentions SIMPLES, Nature et Progrès ou Agriculture Biologique. Leur travail s'inscrit dans une démarche écologique respectueuse des écosystèmes et valorise les savoirs ancestraux tout en les adaptant aux réalités contemporaines.
L'herboriste de comptoir, quant à lui, se concentre sur la vente et le conseil. Aline Roux, qui tient l'herboristerie Menthe et Verveine à Bergerac, propose une large gamme de produits à base de plantes et réalise des mélanges personnalisés de tisanes pour ses clients. Emilie Boulay, de l'Herbier d'Emilie à Figeac, a retrouvé le plaisir du conseil au comptoir après une expérience stressante en pharmacie. Ces professionnels accompagnent quotidiennement leurs clients dans le choix de remèdes naturels adaptés à leurs besoins. À Paris, Marion Blandin a créé Kamomille, une herboristerie en ligne doublée d'une boutique physique dans le quinzième arrondissement. Membre fondatrice de l'Association des Herboristeries de France et présidente de Graines d'Alumni, elle contribue activement à la structuration de la profession.
La rémunération et les différentes formes d'exercice de l'herboristerie
Le salaire moyen d'un herboriste varie considérablement selon son activité, son statut et son modèle économique. Un herboriste salarié dans une boutique spécialisée percevra une rémunération différente de celle d'un paysan herboriste indépendant ou d'un praticien en cabinet. Cette diversité reflète la multiplicité des profils professionnels que l'on retrouve dans le domaine de l'herboristerie. Les revenus dépendent également de la localisation géographique, de la clientèle et de la capacité à diversifier son offre de services et de produits.
L'étude menée par Ida Bost dans sa thèse de doctorat en ethnologie a permis d'identifier quatre profils généraux d'herboristes. L'herboriste de comptoir se consacre à la vente directe et au conseil en boutique, avec pour mission l'éducation du client sur l'usage des plantes. Le praticien en herboristerie propose un accompagnement dans la durée, reçoit ses clients en cabinet et élabore des protocoles personnalisés. Jean-Philippe Clauzel, de Phytogenfi, illustre ce profil : ancien ingénieur devenu praticien et formateur en phyto-aromathérapie scientifique, il anime également une chaîne YouTube comptant près de dix mille abonnés et enseigne à l'École des Plantes de Paris. Il est membre de la Guilde des Praticiens en Herboristerie.
Le passeur de savoirs se concentre sur la transmission du savoir herboristique à travers des ateliers, des cours et des conférences. Cette orientation pédagogique permet de participer à l'éducation populaire et à la démocratisation de l'accès aux connaissances sur les plantes médicinales. Julien Martre, de Boèmia, combine plusieurs casquettes : cueilleur et distillateur, il propose des huiles essentielles locales et exotiques tout en siégeant au conseil d'administration de l'Association Française des Cueilleurs. Sa formation à IMDERPLAM lui a permis d'acquérir les compétences techniques nécessaires à la distillation et à la production d'hydrolats. Ces différentes formes d'exercice témoignent de la richesse du métier d'herboriste, qui peut être vécu comme une passion, un art de vivre et un engagement pour la préservation des savoirs traditionnels et de la biodiversité végétale.
